Vous êtes ici

Le travail : entre bonheur et souffrance

Quand tu veux construire un bateau, ne commence pas par rassembler du bois, couper des planches et distribuer du travail, mais réveille au sein des hommes le désir de la mer grande et belle.
Antoine de Saint-Exupéry.

Le travail, c'est quoi?

Le travail est issu de la nécessité pour chacun d'échanger son temps, sa force, son savoir ou son intelligence contre un revenu lui accordant le droit de faire partie de la société actuelle. Le revenu de son travail lui permet de s'acquitter de ses obligations vis à vis de la collectivité en contribuant financièrement au travers de taxes et d'impôts, mais aussi de subvenir à ses besoins tels que gîte et nourriture. Le revenu du travail permet aussi d'accéder au consumérisme et à la satisfaction de posséder. La grande majorité des êtres humains sont contraints de travailler pour survivre et, pour les sociétés dites évoluées, de vivre et de profiter.

Il est facile de constater que le travail s'est posé comme un intermédiaire incontournable entre la subsistance et les personnes. En d'autres termes, il faut gagner sa vie, ce qui implique que le droit fondamental de vivre devrait se mériter par notre travail, c'est inquiétant. Selon les sociétés, le traitement réservé aux improductifs peut se révéler très radical, et ce jusque dans les discours de nos candidats à des fonctions électives qui le rappellent dans leurs programmes (exprimé en langue de bois politicienne mais le sens est clair).

Le travail avec le sens que nous lui connaissons aujourd'hui est une "invention" relativement récente, il est souvent question du XVIème siècle. En pratique le travail a été sublimé depuis la révolution industrielle pour alimenter les manufactures, mines, fabriques et autres lieux d'exploitation avec de la main d'oeuvre aussi peu onéreuse que possible. Cette réalité du travail est connue de tous puisque c'est l'époque de Germinal de Zola (link is external) qui correspond à ce qui est enseigné sur les conditions de travail aux élèves dans nos écoles.

L'avènement du machinisme n'a pas, semble-t-il, diminué la pression sur les travailleurs, cette pression ayant depuis peu pris des appellations banales en apparence comme le stress ou la pénibilité.

Le travail a une dimension "productive" qui a connu son sommet dans l'après-guerre et une dimension "économique" qui a largement pris le pas sur la dimension "productive" depuis les années 1980 pour finalement basculer dans une logique totalement spéculative depuis le changement de millénaire. Les explications que l'on peut obtenir auprès des spécialistes sont fumeuses et totalement opaques. Pour qui souhaite comprendre de quoi il en retourne réellement, il suffit, comme à l'époque de Jean de Lafontaine qui prêtait aux animaux les défauts des puissants que l'on ne pouvait critiquer, de se tourner vers le cinéma. Celui ci conserve encore un semblant de liberté et il peut de temps en temps donner une image incomplète mais relativement fidèle de la réalité. Non pas qu'il existe une censure répressive mais il existe bel et bien une opacité totale sur les propos qui ne correspondent pas aux thèses officielles (link is external). La dimension "productive" du travail à l'époque actuelle est relativement bien expliquée par le président Snow dans le film Hunger games (link is external). La dimension "économique" du travail est fort bien illustrée par analogie dans le film Time out (link is external). Finalement la dimension spéculative qui n'a presque plus aucun rapport avec le travail est expliquée pour que tout le monde puisse comprendre dans le film The big short. (link is external)

Etymologiquement, le travail serait lié à un instrument de torture, le tripalium.Ceci nous permet de rappeler que l'origine probable du mot travail est tripalium en latin, puis trepalium au moyen âge qui n'est qu'un instrument de torture destiné à entraver les condamnés pendant qu'ils sont tourmentés par le bourreau.

Le mot travail a souvent conservé ce sens de douleur et de pénibilité notamment quand on parle du travail lors de l'accouchement qui correspond à la souffrance extrême de la femme à ce moment particulier.

Une autre appelation est labeur qui partage sa racine avec labour. Ici aussi le mot porte une signification de pénibilité.

Durant l'antiquité tout comme au moyen-âge le travail était considéré comme dégradant et réservé aux esclaves ou aux serfs dont la condition n'était guère plus enviable que celle des esclaves. L'abolition de l'esclavage est très récente et elle remonte souvent à peine à une centaine d'années (1808 aux Etats-Unis, 1848 en France et 1905 dans les colonies françaises). Plus récemment ont été créés des camps de travail, notamment en URSS et en Allemagne durant la seconde guerre mondiale avec la tristement célèbre devise "Arbeit macht frei"et ce n'est toujours pas fini à travers le monde.

Il est évident que le mot travail porte dès lors une charge très négative profondément gravée dans l'inconscient collectif. Malgré le conditionnement de l'éducation pour nous instruire lorsque nous n'avons pas compris ce qu'il faut comprendre, et pour idéaliser le travail comme une fin en soi, ces compréhensions plus que millénaires du mot travail sont difficiles à faire disparaître

Pouvons nous, dans ces conditions, considérer que le travail salarié puisse être une fin en soi?

Comme en toute chose, il n'y a pas de vérité absolue, cependant il y a probablement beaucoup de choses à améliorer.

Le travail est souvent cause de souffrance.

Le stress au travail est le mot qui revient de manière quasi-systématique. Il existe bien d'autres pathologies liées au travail parmi lesquelles nous pouvons retenir dépression, burn-out, troubles musculo squelettiques (TMS) ou suicides.

L'employeur, en France, a l'obligation de préserver la santé physique et psychique de ses salariés. Depuis 2009 l'obligation de résultat de l'employeur pour la préservation de la santé psychique des salariés a été rappelée suite aux suicides récurrents dans les entreprises françaises.

La médecine du travail est l'un des moyens dits de prévention mis en place pour détecter au plus tôt tout signe de déterioration de la santé ou tout trouble du comportement. Force est de constater que ce que la médecine appelle de la prévention relève au final du traitement des symptomes d'une maladie déjà déclarée.

Toute personne plongée dans le monde de l'entreprise est confrontée à un milieu endémique fait de pressions et de contadictions de toutes sortes qui finissent par atteindre les personnes les plus fortes physiquement et psychiquement.

La souffrance au travail devrait dès lors être considérée comme un phénomène épidémiologique. Les moyens d'éradication des conditions qui conduisent à cette épidémie devraient être mis en place.

Or une telle éradication des causes de la souffrance au travail impose de reconsidérer en profondeur les méthodes de management en entreprise.

Il est clair que la souffrance et la pénibilité au travail ne peut plus être celle que l'on entend encore souvent dans la bouche des managers telle qu'elle existait au temps de Germinal. Cette nouvelle souffrance est intimement liée à ces modes de management délétères qui veulent tantôt pousser les gens au delà de leurs limites au risque de les faire craquer ou au contraire les déconsidérer et les sous employer pour les inciter à se démettre.

Souffrance au travail : l'homme au service de la machineIl existe encore un phénomène aggravant. Charlie Chaplin avait déjà dressé une image désastreuse de l'asservissement de l'homme à la machine dans le film les temps modernes. Avec ce que l'on nomme la quatrième révolution industrielle qui correspond à la capacité des robots et des machines à prendre des décisions de plus en plus complexes, cet asservissement de l'homme à la machine prend une dimension nouvelle.  Ceci commence à soulever de réelles questions d'éthique et de responsabilité.

Si l'on observe cette situation sous l'angle épidémiologique, une partie de la population se trouverait immunisée contre cette pathologie, une autre partie développerait des symtomes plus ou moins sévères et une dernière partie de la population en mourrait. Le premier réflexe des DRH, sociologues et autres scientifiques a été de nier tout problème puisque certaines personnes supportent très bien ces situations. Cette analyse ne peut plus être prise au sérieux et il convient d'accorder la plus grande attention à cette nouvelle pandémie mondiale au lieu de tenter d'inventer d'hypothétiques épidémies de grippe aviaire ou de SRAS.

Le travail laisse parfois une petite place au bonheur.

Il existe heureusement une subtile alchimie qui permet au bonheur de s'inviter au travail.

Les moyens pour que le bonheur existe sont connus depuis fort longtemps, cependant beaucoup des conditions qui sont necessaires ne sont pas compatibles avec les modes de management traditionnels.

 

 

Partagez cette page avec vos amis: 

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
CAPTCHA
Cette question est destinée à prévenir les soumissions automatisées.
1 + 13 =
Solve this simple math problem and enter the result. E.g. for 1+3, enter 4.